Romans Graphiques

Lundi 7 septembre 2009 1 07 /09 /2009 11:04


Les feux de l'amour (Doomed Affairs) in Amazing Spider-Man (V2) 50 - avril 2003
Scénario: J. Michael Straczynski
Dessin: John Romita jr
Encrage: Scott Hanna
Couleurs: Dan Kemp



Que nous dit aujourd'hui le comic book ? Il n'est plus, je dirais même qu'il n'a jamais été une littérature pour enfant, pour adolescent, car le dicours qu'il porte entre ses images et ses histoires est beaucoup plus fort que l'apparence qu'il peut donner. Le comic porte en lui les marques d'un temps, d'une époque, et plus que beaucoup d'autres moyens de communications il a la force en lui de dire les choses sans que l'on puisse s'en offusquer.

Ainsi, les super-héros sont dans la majorité des cas des gens issus de classes populaires, chacun peut facilement s'y identifier. Ils ont des problèmes qui nous familiés et vivent une vie qui jusqu'au moment où le fantastique arrive est la même que la notre: ils vont à l'école, cherchent du travail, ont une petite amie... .

Les thèmes abordés et critiqués par les auteurs la plupart du temps sont des sujets brûlants pour la majorité des gens: l'insécurité, la violence, la detresse et l'abandon que les gens faibles subissent des autorités. Ils se battent génèralement pour améliorer leur quartier, pour le nettoyer et faire le travail que la police ne peut pas faire, ou ne fait pas. Le super-héros est un incorruptible qui se bat même quand les foules sont contre lui.

Passons de ces généralités qui ont été maintes fois étudiées pour nous concentrer sur un fait que je trouve beaucoup plus intéressant, et qui pourtant passe souvent à la trappe lorsqu'il s'agit des comics.

Le théâtre aime se mettre en abîme, nous parlons alors de théâtre dans le théâtre, l'objet qui vit prenant ainsi conscience de son existence propre en venant alors à jouer de cela. Pourquoi avoir choisi cette image de comic, et non pas une autre plus spectaculaire ? Le choix réside dans les dialogues extrêmement intéressant que l'on trouve dans ce morceau de cette planche. Le DOCTEUR FATALIS parle en lettres majuscule, procédé utilisé systèmatiquement pour montrer que le personnage hausse la voix, qu'il parle plus fort, aucun autre moyen sur un support papier que de le faire remarquer. La chose est connu de tout lecteurs de bandes dessinées, il existe depuis les débuts de cet art. Ce qui capte ici mon attention est beaucoup plus subtil: le policier demande à Fatalis comment il fait pour parler en lettre majuscule.

Arrêtons-nous quelques instants pour comprendre ces deux phrases que je trouve tout simplement extraordinaire.

L'histoire est un comic book, les personnages n'ont pas d'existence en dehors des pages du livre, ils ne sortent pas pour eux-mêmes lire ce qui se passe dans leur histoire, ils vivent dans un univers de papier et d'encre et tout se résume à cela. Pourtant, ce personnage à conscience que Fatalis parle en lettre majuscule, le simple fait de dire "en lettres majuscules" est fascinant: dans une conversation avec une autre personne, à quoi ressemblerait-on si l'on demandait à cette personne: comment fais-tu pour parler en lettres majuscules ? Cette phrase est hors de propos dans n'importe qu'elle situation. Mais ici, entre les pages d'un comic, où toutes sortes de choses fantastiques se passent cela peut devenir cohérent.

Pourquoi ?

Cela signifie que le personnage a "conscience" d'être dans un comic, que son existence dépend des auteurs et des dessinateurs, mais aussi qu'il pense que les autres personnages peuvent avoir un contrôle sur leur destin, alors que lui ne peut pas. Par cette question, il semble en effet chercher un moyen de lui aussi parler en lettres majuscules, chose que seul le Docteur Fatalis semble être en mesure de faire. Quand on poursuit la lecture de récit, nous apprenons que ce personnage se trouve être Captain America, super-héros légendaire de l'univers Marvel, qui possède lui aussi un grand pouvoir. Cette simple phrase nous en apprend donc beaucoup plus sur les personnages: Captain America est donc bien le produit d'une expérience du gouvernement, il est un super-soldat de l'amérique et certaines choses lui échappent alors, comme le fait de parler en lettres majuscules, mais aussi que le Docteur Fatalis a trouvé le moyen de le faire, montrant ainsi la supériorité de son esprit et de son intelligence, il a trouvé le moyen de contrôler les auteurs pour qu'il dise son nom en lettres majuscules.

Le comic devient alors un nouveau moyen d'expérimenter les limites du langage, d'en étendre les zones d'influences, et surtout de donner des indices supplémentaires à la compréhension du récit par de simples petites phrases en apparences anodines.

Marvel réussit depuis près de cinquante ans à écrire des histoires intéressantes mais très accessibles, tout en mettant en place de nouvelles formes de récits.

Pour en savoir plus sur Marvel, Captain America, et Docteur Fatalis
Par Ivan Deschamps - Publié dans : Romans Graphiques
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