Mardi 27 octobre 2009
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La vue
J'ai longtemps tourné autour d'elle sans lâcher sa beauté des yeux, nous nous sommes regardés après que nous nous soyons vus. Je vois sa beauté, je vois la parole.
1. Au théâtre nous voyons la parole comme en amour nous voyons l'autre, l'être aimé, au théâtre nous voyons ses mots qui nous transpercent, nous accédons à cet état de quasi voluptée uniquement
par ce médiateur qu'est le théâtre. Je vois l'objet de mes désirs, et le fait de le voir rend ce désir encore plus vivace et je ne sais plus quoi faire d'autre que de regarder encore. La vue est
un cercle vicieux, plus nous voyons, plus nous désirons voir, c'est le propre même de l'homme. Je suis au théâtre, je vois les décors qui matérialisent ou pas certains mots, les costumes des
comédiens, les costumes des comédiens sont les mots, les comédiens sont habillés des mots, et en plus de cela, ils nous les montrent à la vue; comme un enfnat paradant dans son nouveau
manteau.
2. Je vois la parole au point que je peux presque la toucher, et quand le spectacle est bon, je la prend dans mes bras, je l'étreins pour mieux la comprendre, l'objet de mon désir est là devant
moi, puis il fait parti de moi. Comme la Blanche-Neige, je vois la pomme, elle devient alors fruit de mon désir, je la prend, quoique cela m'en coûtera. Je me plonge corps et âme dans la vue de
l'autre. Et les yeux de Bérénice pleurant n'y feront rien, elle ne partira pas loin de moi, et toutes les richesses de Rome m'auront pas assez de poids, je vais tout faire pour garder cette
passion pour moi. Je vois la parole comment le nier, et surtout comment accepter l'idée d'en détourner mon regard au plus loin qu'il m'est impossible. L'amant et l'aimé se retrouvent alors dans
une communion belle, si intense que seul des fous ou des imbéciles viendraient la perturber. Rien n'y fait, je vois ce que peu sont capable d'imaginer.
3. Je vois mais je n'imagine pas. Ce serait tricherie que d'imaginer ce que j'aurais pu voir; les mots m'apparaissent bien naturels, pourquoi les leurrer, pourquoi me leurrer moi-même. L'humanité
a autant la capacité de voir les mots que de comprendre l'amour, et bien souvent les deux vont de pairs. C'est un rythme qui part et qui me berce, les mots me montrent la direction, c'est une
voie très ancienne qui me parle, qui indique les choses, le sens de la poésie, un délire d'hypocondriaque malade d'avoir raison, les mots sont forts, beaucoup plus que nous ne pourrons jamais
imaginé. Ils nous laissent seulement entrevoir, au plus perspicace d'entre nous ce qui pourrait nous attendre. Je vois un paradis de poésie et d'amour qui souffre à moi, qui s'ouvre à moi.
4. Je vois la parole et j'essaie de vous la partager.