Mardi 22 septembre 2009 2 22 /09 /2009 14:27

22 Septembre 2009 - Ivan Deschamps
Par Ivan Deschamps
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Vendredi 18 septembre 2009 5 18 /09 /2009 11:31
Avant de commencer, cet article est le premier d'une série de cinq qui seront dédiés aux cinq sens. Je pense que les cinq sens sont mis à contribution lors de l'expérience théâtrale, que l'on soit comédien ou spectateur.




Le Toucher

Je touche, je ressens donc quelque chose de purement physique. Ce n'est pas de l'ordre du ressentie, de l'imagination, le toucher est tout le temps (ou à de rares exceptions près) quelque chose de réel.

1. Je touche en premier le ticket d'entrée pour la salle où va avoir lieu le spectacle. Je touche ce passe-droit à un moment magique. Je touche la lettre de l'être aimé, cette lettre amoureuse qui me donne rendez-vous pour une rencontre, quoiqu'il se passe après, je touche et ressens cette lettre. L'émotion première conduit à d'autres sentiments évoqués déjà plus en détail, le désir, l'excitation... . Je touche le fauteuil, siège et trône d'où je vais pouvoir contempler le spectacle, il va faire corps avec moi, et tandis que parfois je vais pouvoir y être bien, la sensation sera bonne, parfois, au contraire, je vais me noyer dans un fauteuil trop grand, trop profond, ou bien, mon corps sera transpercé de douleur par la rigidité du dossier ou par la petitesse de la place. Je touche au corps du théâtre tout comme je touche au corps de l'être aimé quand je l'étreins dans mes bras. Mais je touche à beaucoup plus encore.

2. Il peux m'arriver de toucher quelque chose de plus grand encore: le comédien, alors c'est tout comme s'il m'était donné de toucher l'être aimé de manière plus intime encore, c'est un enlacement. L'expérience est étrange, et trouble dans une forte mesure. Toucher le comédien c'est toucher le théâtre lui-même, c'est devenir une partie intégrant le spectacle en cours de route, c'est être tout de suite immergé encore plus dans le spectacle, dans le vivant. Je touche je suis donc vivant, je touche le fauteuil, je suis donc bien là, en face du réel théâtral que constitue le fauteuil. Mais il y a plus que le réel.

3. Le toucher est très limité comme sens, même s'il intervient en premier et aussi en point culminant d'une expérience de théâtre. Le toucher peut être celui de l'âme, du ressentie, quand les mots alors entendu touche littéralement le coeur, comme les mots doucement lâchés à notre oreille par l'être aimé, ces mots-là qui nous disent de continuer d'avancer dans l'exploration du toucher. Il nous touche et nous demande de toucher, comme un enfant dans un grand magasin qui veut tout toucher, en somme, il veut tout expérimenter. Dans le fond, ce n'est pas mauvais, bien au contraire, il est en pleine découverte du monde. Mais le toucher peut aussi gêner l'expérience du théâtre.

4. Je touche à mes risques et périls. Le résultat peut autant être gratifiant qu'humiliant. Le toucher dans le théâtre est une expérience en dehors de l'ordinaire.
Par Ivan Deschamps - Publié dans : Fragments d'un discours amoureux (du théâtre)
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Mercredi 16 septembre 2009 3 16 /09 /2009 10:39
L'excitation

Un jour où tout semble normal vient l'excitation et alors plus rien ne souffre notre contrôle, nous n'y pouvons rien, l'esprit s'agite et le corps devant un si grand nombre d'information fait des choses idiotes. L'objet de notre désir perturbe ce que nous sommes, je suis perdu.

1. Je suis excité pourquoi et surtout par quoi ? Je suis excité parce que l'objet de mon amour est là, parce qu'il n'est pas là, mais c'est bien lui qui provoque ce chambardement dans ce que je suis. Autant que de l'être aimé, l'excitation du théâtre devient physique à son tour. L'idée que l'on va vivre quelque chose de fort allume à la manière d'une petite alumette une mêche qui va à son tour consummer notre corps: je vais parler très vite et très fort, et sans doute même beaucoup trop de ce que j'attend du spectacle, surtout, par dessus tout, je vais laisser exprimer ma joie et mon bonheur de manière quelque peu exubérente ce qui va avoir pour effet d'amuser les autres.

2. Je suis excité et je parle, je n'arrête pas, je dis tout ce que je sais et tout ce que j'ai à savoir sur l'objet de mes désirs, je parle de l'être aimé autant que du spectacle, quelqu'un pourrait penser que c'est moi qui en est le géniteur, que j'en suis l'actionnaire qui cherche à vendre son produit. C'est dans mon rapport avec l'autre que tout cela se révèle être encore plus fort, en présence de l'objet de mes désirs je ne contrôle plus rien, il me contrôle, et comme bien souvent il n'en a pas conscience, je deviens un robot perdu sans assistance qui cherche alors par n'importe quel moyen à partager ce qu'il ressent. Le problème est qu'étant livré à lui-même, je ne sais pas comment m'y prendre. Alors je préfère m'abandonner à la présence de l'objet de mon désir, celui-là même qui excite ma passion, que ce soit l'être aimé ou le théâtre.

3. Pendant le spectacle, je suis excité. Je prend toutes choses comme étant une découverte nouvelle et la reçoit de bon coeur. Mon coeur bat un rythme que jamais je n'arrive à comprendre, la seule chose que je sais c'est que je suis heureux d'être ici, de vivre en compagnie du théâtre. Parfois il m'arrive de trépigner d'impatience, je veux en voir plus et tout de suite. L'excitation a ceci de dérangeant pour la personne qui en est victime c'est qu'elle nous force à sans doute trop penser, je pense à ce que je vois, et tellement je l'aime, je pense plus à elle et ma concentration se perd et oublie ce qui serait probablement le principal. Mon corps me dirige et les mots que j'entend sont autant d'aiguillons qui me dirigent ailleurs.

4. Je ne suis plus le même quand je suis excité. Je deviens ce que j'imagine devoir être en compagnie de l'objet de mes désirs, de mes amours. Un jour normal où tout ce que je suis ou pense être est bouleversé par quelque chose qui bien souvent ne veut pas me contrôler, mais par un abandon irrationnel de ma part, je me soumets à ses envies, et mon corps alors titillé par de nombreuses influences excite mes passions et mes membres. Je deviens alors la marionnette de mes désirs.
Par Ivan Deschamps - Publié dans : Fragments d'un discours amoureux (du théâtre)
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Lundi 14 septembre 2009 1 14 /09 /2009 15:38
Une chose me tracasse lorsque l'on regarde les commentaires que les gens font au sujet de l'oeuvre d'artistes.

Avant c'était mieux, je préfère ce qu'il faisait avant, maintenant c'est mauvais, leur nouvelle production ce n'est plus eux...

Autant de phrases assassines que je ne préfèrerais pas lire à leur place. La question est de savoir ce qu'on aime chez des artistes, ce que l'on attend de ce qu'ils ont à nous donner. Aime-t-on l'artiste ou bien simplement une de ses oeuvres ? Et par la suite, attendons-nous qu'ils fassent toujours la même chose ?

Je pense que la vraie admiration que l'on peut exercer envers un artiste ne doit pas se limiter à simplement une partie de l'oeuvre. Si l'on aime vraiment un artiste, c'est l'évolution de sa pensée qu'il faut prendre en compte et voir combien son travail change, évolue et se manifeste. Il est complétement stupide de vouloir qu'un artiste fasse toujours la même chose, d'autant que très vite cela serait critiquée.

Prenons deux exemples modernes: Quentin Tarantino et Muse.

Pour le premier comme pour le second, on peut dire que dès leur deuxième "production" ils ont fait une "erreur": celle de trop bien faire, de toucher trop de monde. Bien sûr, je ne pense pas ce que je dis, mais le fait d'avoir donner, et je dis bien donner, au public un film comme Pulp Fiction ou un album comme Origin of Symmetry leur a fait autant de tort pour leur avenir que de plaisir pour nous au moment de la reception de ces objets culturels.

Je m'explique.

Les gens dans leur peu d'analyse qu'ils portent en général sur les choses ont tellement pris pour eux, comme marqueur d'un temps, d'une génération, ce film et cet album, ils les ont établis comme symbole d'un temps qui leur est propre, ils se sont tellement laisser séduire par ces objets qu'ils ont par leur marque d'amour quasi absolu condamné d'avance les productions futures des artistes qu'ils aiment tant.

Ainsi, si des films comme Boulevard de la mort et plus récemment Inglorious Basterds étaient sortis avant Pulp Fiction, ils auraient été intouchable aux yeux du public, pourtant ce n'est pas le cas aujourd'hui. Ces films sont victimes de leur grand frère, et la faute ne revient pas à Papa Quentin, qui fait tout simplement travailler son art comme il le doit et avec un talent que personne ne peut lui enlever. Parce que si Tarantino continue de faire des films, comme beaucoup ne pense, la qualité ne cesse pas d'augmenter, et si les gens ont été séduit par l'expérimentation géniale dont il avait fait preuve avec Pulp Fiction, ils ne sont pas d'accord pour le voir expérimenter encore, ils auraient sans doute voulu voir des films toujours dans le même style de Pulp Fiction sans aller chercher plus loin.

Mais le propre des grands artistes est qu'ils vont toujours chercher plus loin.

La chose est encore différente pour Muse, rattaché au rock'n'roll, à une passion plus vive encore que le cinéma, les gens achètent de la musique et la consomment plus facilement que le cinéma.

Et le problème est qu'ils consomment la musique comme un menu Big Mac au McDonald. Une fois qu'ils ont trouvé ce qu'ils aiment, ils ne cherchent plus la nouveauté et se complaisent dans ce qui les rassurent. Muse a excité les foules avec deux premiers albums sensiblement équivalents par leur contenu, ils ont capté l'attention de toute une jeunesse. Ils se sont retrouvé dans les envies de ce jeune groupe anglais, qui faisaient la musique de leur âge.

Le problème étant, comme pour tous les très grands groupes anglais, qu'avec l'âge et la maturité, ils font évoluer leur musique de façon considérable. De la noirceur et la rudesse des débuts, ils ont su glisser vers d'autres contrées musicales, au plus grand plaisir des supporters qui ont évolué dans le même sens qu'eux, ou qui ont vu le travail et non pas les apparences premières. Si le dernier album se voit tant secoué par de trop nombreuses critiques pour la plupart du temps creuses, c'est qu'il tranche à mon avis plus que jamais avec ce que le groupe avait fait jusqu'à présent. Et c'est ça qui est bon !

Et c'est ça qui est bon !

Comme le dit Handke, une fois que l'on a trouvé un moyen d'exprimer quelque chose, on ne peut plus réutiliser ce moyen car il devient alors usé et n'aura plus la magie du premier moment.

L'artiste doit alors sans cesse renouveller son langage pour que son art évolue, et il ne doit pas se cantonner à une réussite première, car alors il deviendra commercial.

Heureusement que Tarantino n'explore par toujours avec le même humour le même univers de mafieux foireux, et heureusement que Muse ne fait plus toujours la même musique noir et sombre d'adolescent suicidaire tourmenté par la mort et l'amour.

Avec l'âge et les expériences de la vie les choses changent, les gens changent et si l'art existe c'est pour permettre aux artistes d'exprimer cet état de fait de la condition humaine.
Par Ivan Deschamps
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Lundi 7 septembre 2009 1 07 /09 /2009 11:04


Les feux de l'amour (Doomed Affairs) in Amazing Spider-Man (V2) 50 - avril 2003
Scénario: J. Michael Straczynski
Dessin: John Romita jr
Encrage: Scott Hanna
Couleurs: Dan Kemp



Que nous dit aujourd'hui le comic book ? Il n'est plus, je dirais même qu'il n'a jamais été une littérature pour enfant, pour adolescent, car le dicours qu'il porte entre ses images et ses histoires est beaucoup plus fort que l'apparence qu'il peut donner. Le comic porte en lui les marques d'un temps, d'une époque, et plus que beaucoup d'autres moyens de communications il a la force en lui de dire les choses sans que l'on puisse s'en offusquer.

Ainsi, les super-héros sont dans la majorité des cas des gens issus de classes populaires, chacun peut facilement s'y identifier. Ils ont des problèmes qui nous familiés et vivent une vie qui jusqu'au moment où le fantastique arrive est la même que la notre: ils vont à l'école, cherchent du travail, ont une petite amie... .

Les thèmes abordés et critiqués par les auteurs la plupart du temps sont des sujets brûlants pour la majorité des gens: l'insécurité, la violence, la detresse et l'abandon que les gens faibles subissent des autorités. Ils se battent génèralement pour améliorer leur quartier, pour le nettoyer et faire le travail que la police ne peut pas faire, ou ne fait pas. Le super-héros est un incorruptible qui se bat même quand les foules sont contre lui.

Passons de ces généralités qui ont été maintes fois étudiées pour nous concentrer sur un fait que je trouve beaucoup plus intéressant, et qui pourtant passe souvent à la trappe lorsqu'il s'agit des comics.

Le théâtre aime se mettre en abîme, nous parlons alors de théâtre dans le théâtre, l'objet qui vit prenant ainsi conscience de son existence propre en venant alors à jouer de cela. Pourquoi avoir choisi cette image de comic, et non pas une autre plus spectaculaire ? Le choix réside dans les dialogues extrêmement intéressant que l'on trouve dans ce morceau de cette planche. Le DOCTEUR FATALIS parle en lettres majuscule, procédé utilisé systèmatiquement pour montrer que le personnage hausse la voix, qu'il parle plus fort, aucun autre moyen sur un support papier que de le faire remarquer. La chose est connu de tout lecteurs de bandes dessinées, il existe depuis les débuts de cet art. Ce qui capte ici mon attention est beaucoup plus subtil: le policier demande à Fatalis comment il fait pour parler en lettre majuscule.

Arrêtons-nous quelques instants pour comprendre ces deux phrases que je trouve tout simplement extraordinaire.

L'histoire est un comic book, les personnages n'ont pas d'existence en dehors des pages du livre, ils ne sortent pas pour eux-mêmes lire ce qui se passe dans leur histoire, ils vivent dans un univers de papier et d'encre et tout se résume à cela. Pourtant, ce personnage à conscience que Fatalis parle en lettre majuscule, le simple fait de dire "en lettres majuscules" est fascinant: dans une conversation avec une autre personne, à quoi ressemblerait-on si l'on demandait à cette personne: comment fais-tu pour parler en lettres majuscules ? Cette phrase est hors de propos dans n'importe qu'elle situation. Mais ici, entre les pages d'un comic, où toutes sortes de choses fantastiques se passent cela peut devenir cohérent.

Pourquoi ?

Cela signifie que le personnage a "conscience" d'être dans un comic, que son existence dépend des auteurs et des dessinateurs, mais aussi qu'il pense que les autres personnages peuvent avoir un contrôle sur leur destin, alors que lui ne peut pas. Par cette question, il semble en effet chercher un moyen de lui aussi parler en lettres majuscules, chose que seul le Docteur Fatalis semble être en mesure de faire. Quand on poursuit la lecture de récit, nous apprenons que ce personnage se trouve être Captain America, super-héros légendaire de l'univers Marvel, qui possède lui aussi un grand pouvoir. Cette simple phrase nous en apprend donc beaucoup plus sur les personnages: Captain America est donc bien le produit d'une expérience du gouvernement, il est un super-soldat de l'amérique et certaines choses lui échappent alors, comme le fait de parler en lettres majuscules, mais aussi que le Docteur Fatalis a trouvé le moyen de le faire, montrant ainsi la supériorité de son esprit et de son intelligence, il a trouvé le moyen de contrôler les auteurs pour qu'il dise son nom en lettres majuscules.

Le comic devient alors un nouveau moyen d'expérimenter les limites du langage, d'en étendre les zones d'influences, et surtout de donner des indices supplémentaires à la compréhension du récit par de simples petites phrases en apparences anodines.

Marvel réussit depuis près de cinquante ans à écrire des histoires intéressantes mais très accessibles, tout en mettant en place de nouvelles formes de récits.

Pour en savoir plus sur Marvel, Captain America, et Docteur Fatalis
Par Ivan Deschamps - Publié dans : Romans Graphiques
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